.

Hela Ouardi : Les Califes maudits - Recension par Winston Belmonte

 




Universitaire tunisienne, docteure en littérature française et spécialiste de Raymond Queneau, Hela OUARDI a récemment intégré le cercle, assez restreint, des chercheurs sérieux (et accessibles au grand public) qui enquêtent sur les origines de l’islam, en sortant – avec courage – des sentiers battus.

Cette auteure originale s’est fait connaître en 2016 avec Les derniers jours de Muhammad, ouvrage dans lequel elle s’interroge sur la fin mystérieuse du Prophète. Compilant sans relâche, mais toujours animée par la volonté de comprendre et d’expliquer ce qui peut l’être, Madame OUARDI a analysé les sources historiques et traditionnelles qui fondent les deux branches majoritaires et irréductiblement opposées de l’islam : Sunnisme et Chiisme. De cette confrontation raisonnée des textes, l’écrivaine a dégagé un récit passionnant où le fondateur du troisième monothéisme nous apparaît au soir de sa vie, dans toute sa complexité.

Avec La Déchirure, premier tome consacré à l’histoire des quatre premiers successeurs de Mahomet, l’universitaire maghrébine reprend la même méthode d’investigation. Il faut l’en féliciter car, une fois encore, le résultat est brillant.

Dans l’imaginaire collectif de l’islam, ces premiers califes sont appelés littéralement « les lieutenants (sous-entendus de l’Envoyé de Dieu) bien dirigés » (ar. الراشدون الخلفاء). En effet, après l’indépassable modèle de la cité islamique instaurée à Médine par le Prophète, ses quatre successeurs sont censés être des parangons du monarque terrestre idéal, régnant constamment sous la direction éclairée d’Allah.

De « bien dirigés », Hela OUARDI, avant tout soucieuse de vérité historique, rebaptise ces hommes d’État Les Califes maudits. Le sobriquet scandalisera les dévots, il n’est demeure pas moins rigoureusement exact et c’est ce que démontre l’ouvrage.

Ce premier tome intitulé La Déchirure nous raconte comment, alors que le corps de Muhammad n’est même pas encore enterré, deux des dix (plus proches) Compagnons du Prophète vont manigancer, comploter et conspirer en tous sens pour s’arroger un pouvoir que d’aucuns jugeront bien mal acquis.

Esprit subtil autant qu’érudit cette Tunisienne nous conte une tragédie. Car en effet, c’en est une. Pensez-donc que Fatima (ar. فاطمة) la fille chérie du Prophète âgée seulement de 29 ans mourra de chagrin quelques semaines après Mahomet non sans avoir été auparavant dépossédée de l’héritage de son père par Abû Bakr As-Siddîq (ar. الصديق بكر أبو) ! Ce premier successeur de l’Envoyé d’Allah, qui fut parmi les premiers à le rallier, se révèle sentimental mais hypocrite et faible quoique donnant parfois l’illusion de la fermeté. Il tombe presque immédiatement sous l’emprise de ‘Umar Ibn Al-Khattâb (ar. الخطاب بن عمر), homme à poigne et vrai politique qui remplacera Abû Bakr à son décès.

Dès le début de son travail, Hela OUARDI nous avertit qu’il ne s’agit pas d’une fiction mais de la réalité, même si la forme adoptée est celle d’une tragédie en trois actes comprenant respectivement 7, 3 et 5 scènes (toute une symbolique !). L’écrivaine déroule le fil d’une intrigue et nous instruit opportunément (p. 13) :

« Raconter l’histoire des premières années de l’islam est une manière pour moi de ranimer une mémoire collective fossilisée par une amnésie générale et confisquée par des forces obscures qui, sous couvert de glorification du passé de l’islam, l’ont transformé en machine de guerre. »

À défaut d’être sérieusement étudiée dans les pays du Croissant, espérons que l’œuvre de Madame Hela OUARDI sera très largement diffusée auprès des musulmans de France afin qu’ils puissent porter un regard plus objectif sur l’islam – et souhaitons-le ardemment – adhérer avec beaucoup d’enthousiasme aux valeurs d’un civilisation occidentale judéo-chrétienne qui accepte la critique et le débat contradictoire.

Hela OUARDI est une authentique fille des Lumières. Lisons-la, suivons-la !

Winston BELMONTE (le 17 juillet 2021)


LES CALIFES MAUDITS

La Déchirure

Hela OUARDI

Albin Michel, mars 2019, 234 pages, 19 €

 

Connaître l’islam tel qu’il est par le Texte et non tel qu’on voudrait qu’il soit.


Connaître l’islam tel qu’il est par le Texte et non tel qu’on voudrait qu’il soit.

En arabe, le mot islam (إسلام islâm) signifie littéralement « soumission ». Ce substantif, d’un point de vue grammatical, est le nom d’action de la quatrième forme construit avec les trois consommes S – L – M (م – ل– س) constitutives d’une racine trilitère commune avec l’hébreu (ם – ל – ש) et l’amharique. Le mot ne doit pas être confondu avec le sens général de la racine dont il est issu. En effet, si cette racine évoque la paix [salâm (سلام) en arabe, chalôm (שלום) en hébreu et selami (ሰላም) en amharique], le troisième monothéisme se veut une soumission très stricte au Dieu unique d’Abraham et n’écarte nullement la violence contre les récalcitrants (1) . C’est ainsi que Muḥammad  (محمد) (2)  que nous appelons Mahomet (env. 570 - env. 632) a révélé sa doctrine, présentée comme un retour aux sources de la « vraie foi », dénaturée par les juifs qui « ont encouru la colère de Dieu » et les chrétiens « qui sont égarés  » (3) .

En français le mot islam peut avoir deux acceptions. Il peut s’entendre comme la troisième religion abrahamique révélée par le sceau des prophètes (4) ; il peut aussi se définir comme une civilisation  (par ailleurs très brillante) (5). C’est le premier sens qui retient ici notre attention.

Pour le musulman pieux, l’islam est la seule religion véridique. Celle qui rétablit le culte sincère d’un monothéisme absolu (tawḥîd توحيد), celui qu’a prêché Abraham et qu’ont successivement trahi les juifs et les chrétiens (6).

L’islam repose sur 5 piliers (arkân al-islâm أركان الإسلام) traditionnels qui sont la profession de foi (ach-chahâdah الشهادة), la prière (aç-çalâh الصلاة) effectuée à 5 reprises dans la journée, l’aumône institutionnelle (az-zakâh الزكاة), le jeûne du mois de Ramadan (çawm chahr ramaḍânصوم شهر رمضان) et le pèlerinage (al-ḥajj الحج). À ces obligations, on peut ajouter celle de la guerre sainte (al-jihâd الجهاد) pour la défense – toujours – et l’expansion de la foi – lorsque le contexte y est favorable –.

Une place tout à fait particulière est dévolue au « Texte » fondateur de cette religions. Allah (الله), par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, a dicté au Prophète le Coran (al-qur’ân القرآن) qui signifie littéralement « la récitation » : parole inimitable et parfaite. Celle-ci, bien évidemment, ne peut être contredite sauf à se rendre coupable de blasphème, passible de mort. Le Coran, d’un point de vue musulman, est « Le » livre saint par excellence. Il émane directement de Dieu et Mahomet n’en est que le transmetteur (et surtout pas l’auteur). Le croyant, en aucune manière, ne peut aller contre la lettre coranique (7) car ce serait s’opposer à Dieu lui-même dont la volonté demeure absolue, immuable et intemporelle.

Le Coran a été révélé au Prophète pendant une vingtaine d’année de 610 à 632 (année officielle de sa mort). On prétend qu’il « est descendu » dans l’esprit de Mahomet. Historiquement, cette « descente » (إنزال) concerne deux époques bien différentes de la vie de Muḥammad :
-        La période mecquoise (610-622) durant laquelle Mahomet, en proie à la ferme hostilité de ses concitoyens, vit isolé et menacé. Il compte alors peu d’adeptes. Le message divin, essentiellement eschatologique, insiste sur la nature du dieu unique et le culte qu’il faut lui rendre.
-        La période médinoise (622-632) durant laquelle le Prophète organise un État, sous forme théocratique, à Médine où il vient d’immigrer (l’Hégire de hijra هجرة « immigration »). Le ton de la parole divine devient législatif et sociétal, tranchant singulièrement avec le temps de La Mecque. Il est nettement moins tolérant pour ne pas dire franchement agressif.

Les sourates (8) révélées lors de ces deux époques apparaissent souvent contradictoires et cela n’a pas échappé aux contemporains de Mahomet. Ce dernier a alors expliqué qu’un verset plus récent dit abrogatif (ناسخ) venait en remplacement d’un autre plus ancien dit abrogé (منسوخ). C’est ce qu’exprime le verset 106 de la Sourate II :

مَا نَنْسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنْسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ

« Nous n'abrogeons aucun verset, Nous n'en faisons oublier aucun sans le remplacer par un autre qui soit meilleur ou équivalent. Ne sais-tu pas que Dieu est tout puissant ? » (Traduction d’Albert KAZIMIRSKI DE BIBERSTEIN, 1869, le verset chez ce traducteur est numéroté 100.)
« Dès que nous abrogeons un verset ou dès que nous le faisons oublier, nous le faisons oublier, nous le remplaçons par un autre meilleur ou semblable. [Cf. XVI, 101 ; XXII, 52] – Ne sais-tu pas que Dieu est puissant sur toute chose ? – » (Traduction de Denise MASSON, 1972, p. 20.)

Le fait est rappelé par le verset 101 de la Sourate XVI révélé pour défendre Muḥammad alors accusé d’arranger le texte au mieux de ses intérêts personnels :

وَإِذَا بَدَّلْنَا آيَةً مَكَانَ آيَةٍ وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا يُنَزِّلُ قَالُوا إِنَّمَا أَنْتَ مُفْتَرٍ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ

« Si nous remplaçons dans ce Koran un verset par un autre (Dieu connaît mieux que qui que ce soit ce qu’il révèle), ils disent que tu l’inventes toi-même. Non ; mais la plupart d’entre eux ne savent rien. » (Traduction d’Albert KAZIMIRSKI DE BIBERSTEIN, 1869, le verset chez ce traducteur est numéroté 103.)

« Lorsque nous changeons un verset contre un autre verset [Cf. II, 106] – Dieu sait ce qu’il révèle – ils disent : “Tu n’es qu’un faussaire [litt. : inventeur (d’un mensonge)] !” Non !... Mais la plupart d’entre eux ne savent pas » (Traduction de Denise MASSON, 1972, p. 336.)

Cette règle impliquant l’adaptation du texte divin à des contingences humaines est difficilement compatible avec l’intemporalité divine. Elle pose d’ailleurs, aux exégètes, de redoutables problèmes théologiques qui ne sont toujours pas résolus de façon satisfaisante sauf à admettre que Mahomet et/ou d’autres hommes sont à l’origine du Coran ou l’ont manipulé (9). Une telle suggestion est un blasphème. Pourtant ce principe d’abrogation a permis à l’immense majorité des autorités religieuses, depuis les débuts de l’islam, d’expurger – en pratique – tous les passages « pacifiques » (période mecquoise) pour appliquer ceux, très violents, révélés plus tard (période médinoise). Ainsi, par exemple, le verset dit « du sabre » qui proclame (Coran IX, 5) :

فَإِذَا انْسَلَخَ الْأَشْهُرُ الْحُرُمُ فَاقْتُلُوا الْمُشْرِكِينَ حَيْثُ وَجَدْتُمُوهُمْ وَخُذُوهُمْ وَاحْصُرُوهُمْ وَاقْعُدُوا لَهُمْ كُلَّ مَرْصَدٍ فَإِنْ تَابُوا وَأَقَامُوا الصَّلَاةَ وَآتَوُا الزَّكَاةَ فَخَلُّوا سَبِيلَهُمْ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ

« Les mois sacrés expirés [Les quatre mois : chawwal, dhoulcada. dhoulhiddjé et moharram.], tuez les idolâtres partout on vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les à toute embuscade ; mais s’ils se convertissent, s’ils observent la prière, s’ils font l’aumône, alors laissez-les tranquilles, car Dieu est indulgent et miséricordieux. » (Traduction d’Albert KAZIMIRSKI DE BIBERSTEIN, 1869.)
« Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les polythéistes, partout où vous les trouverez ; capturez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. Mais s’ils se repentent, s’ils s’acquittent de la prière, s’ils font l’aumône, laissez-les libres [mot à mot : laissez leur chemin (libre)]. – Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux. – » (Traduction de Denise MASSON, 1972, p. 224.)

Ce verset annule (parmi une centaine d’autres) la célèbre formule « Nulle contrainte en religion… » (Coran II, 256) :

لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ قَدْ تَبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ فَمَنْ يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِنْ بِاللَّهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَى لَا انْفِصَامَ لَهَا وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ

« Point de contrainte en religion. La vraie route se distingue assez de l’erreur. Celui qui ne croira pas à Thagout [nom d’une idole] et croira en Dieu aura saisi une anse solide et à l’abri de toute brisure. Dieu entend et connaît tout. » (Traduction d’Albert KAZIMIRSKI DE BIBERSTEIN, 1869, le verset chez ce traducteur est numéroté 257.)
« Pas de contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur. Celui qui ne croit pas aux Thaghout [la racine t – gh- t signifie parfois : « être rebelle ». La finale oût appartient, en hébreu, au féminin pluriel. Ce nom qui paraîtra encore sept fois dans le Coran, désigne probablement des idoles, à moins qu’il ne s’agisse de « démons » considérés comme des « rebelles ».], et qui croit en Dieu a saisi l’anse la plus solide et sans fêlure. – Dieu est celui qui entend et qui sait tout – » (Traduction de Denise MASSON, 1972, p. 51.)

On ne peut éluder la question de la femme. Certes, celle-ci a des droits mais elle demeure toujours dans un statut inférieur au croyant. Cette inégalité (10) , constamment rappelée, scandalise légitimement toute conscience sincèrement respectueuse de la déclaration des droits de l’homme. Le musulman peut avoir quatre épouses, les battre si elles lui manquent, jouir d’innombrables concubines. Bien entendu la réciproque n’est pas possible. En matière de témoignage et d’héritage, la confiance et la part concédées à la femme sont la moitié du crédit et du bien accordés au mâle. Assurément de telles règles sont un mal pour la croyante.

Enfin, le Coran édicte sans aucune ambiguïté l’infériorité des juifs et des chrétiens vis-à-vis des musulmans, la mise à mort de ceux qui refusent son message.

On déduit de ces quelques remarques combien il est difficile au croyant de s’extraire de la contrainte du Livre, défini comme une vérité absolue qu’il faut éternellement et partout respecter, voire imposer par la force au besoin. Cependant, on peut, croyons-nous, distinguer le musulman du mahométan (11) . Le premier, bien qu’éduqué dans la culture de l’islam, peut tout à fait s’en détacher ou avoir une pratique religieuse très modérée car il ignore (ou refuse) les implications extrémistes des enseignements coraniques. Le second, en revanche, est un activiste fanatique. Il est persuadé de la véracité du message transmis par Mahomet qui demeure à ses yeux l’indépassable « beau modèle » (أُسوة حسنة cf. Coran XXXIII, 21) :

لَقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ لِمَنْ كَانَ يَرْجُو اللَّهَ وَالْيَوْمَ الْآخِرَ وَذَكَرَ اللَّهَ كَثِيرًا

« Vous avez un excellent exemple dans votre prophète, un exemple pour tous ceux qui espèrent en Dieu et croient au jour dernier, qui y pensent souvent. » (Traduction d’Albert KAZIMIRSKI DE BIBERSTEIN, 1869)
« Vous avez, dans le Prophète de Dieu, un bel exemple pour celui qui espère en Dieu et au jour dernier et qui invoque souvent le nom de Dieu. » (Traduction de Denise MASSON, 1972, p. 516.)
Le mahométan est sincère dans sa foi exclusive qui l’amène, très logiquement et c’est fondamental, à appliquer à la lettre des commandements barbares (12)  datant du septième siècle. Depuis l’installation du Prophète à Médine, l’interprétation littérale du Coran s’est toujours imposée face à toutes les autres car c’est la plus cohérente dans le paradigme (13) de l’islam.

Terminons cette brève présentation en rappelant qu’il n’y pas de différence de nature entre « islam » et « islamisme ». Cette distinction, opérée récemment en Occident mais qui n’existait pas naguère, s’efforce de masquer un projet unique : imposer partout où cela est possible une théocratie telle que l’a organisée Mahomet à Médine dans les dix dernières années de sa vie. Cette société, que d’aucuns jugeront totalitaire, était très exactement aux antipodes de toutes les valeurs défendues par l’Occident judéo-chrétien contemporain qui a su évoluer et se remettre en question, au contraire de l’islam désespérément figé.

Winston BELMONTE

1 Il n’est pour s’en convaincre que de parcourir le Coran. À titre d’exemples, le lecteur pourra se reporter aux passages suivants : II, 190-191 & 216 ; VIII, 17 & 39 ; IX, 29-30 & 73 ; XLVIII, 29 ; LXVI, 9. Cette liste n’est pas exhaustive, bien entendu…
2 S’agissant du système de trancription nous avons adopté celui par Denise Masson dans sa traduction du Coran paru en 1972 dans la Bibliothèque de la Pléiade (nrf).
3 C’est ainsi que sont définis juifs et chrétiens dans la première sourate du Coran selon l’exégèse la plus largement acceptée. Cf. Cheikh Si-Hamza Boubakeur : Le Coran Traduction et commentaire, Enag Editions, Alger, 1994.
4 Mahomet est considéré comme le dernier des prophètes d’où cette expression arabe (خَاتَمَ النَّبِيِّينَ) figurant dans le Coran (XXXIII, 40).
5 La civilisation arabo-musulmane, par ses apports – particulièrement remarquables – dans des domaines aussi variés que les arts, les lettres, les sciences (principalement les mathématiques) et les réalisations urbaines, figure à bon droit comme l’une des trois plus grandes cultures de l’humanité avec la Chine et l’Occident judéo-chrétien.
6 Le Coran est d’ailleurs très clair lorsqu’il invite les croyants à se défier des juifs et des chrétiens. Le verset 51 de la sourate V est sans appel. Il dresse une barrière infranchissable entre le musulman et les deux autres monothéismes.
7 À ce sujet, il semble important de signaler la parution récente d’un ouvrage qui conduit à remettre radicalement en cause le caractère incréé et divin de livre de l’islam (bien que les auteurs se gardent de l’afficher publiquement) : Le Coran des historiens, sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, éditions du Cerf, novembre 2019. Il s’agit d’une somme en trois volumes de 3408 pages faisant un point complet sur les connaissances scientifiques que l’on possède actuellement sur le Coran et notamment sur les multiples emprunts de ce livres aux ouvrages et cultures religieuses qui l’ont précédé.
8 On appelle sourate (سورة) un chapitre du Coran.
9 Cf. note 6.
10 Cf. Coran : II, 228 ; IV, 3, 11 & 34 ; XLIII, 16-19.
11 Ce substantif s’entendait jadis (au moins jusqu’à l’époque de Littré) comme un synonyme parfait de musulman, c’est-à-dire celui professant la religion de Mahomet.
12 Comme, par exemple, de couper la main au voleur (Coran V, 38) ou fouetter les débauchés de cent coups (Coran XXIV, 2).
13  C’est-à-dire la représentation que cette religion se fait de l’univers. Celui-ci est tout entier soumis à l’interprétation qu’en donne le Coran, parole divine (et non humaine) parfaite et donc, rigoureusement incontestable. Rappelons aussi que le deuxième verset de la deuxième sourate – « Voici le Livre ! Il ne renferme aucun doute ; il est une direction pour ceux qui craignent Dieu ». (Traduction de Denise Masson, 1972, p. 4.) – appelle à une interprétation littérale du texte.

Première exégèse du Coran en arabe faite par un chrétien suisse d’origine palestinienne

Première exégèse du Coran en arabe faite par un chrétien suisse d’origine palestinienne
 

Al Andalus : Colloque et émission

Les Chrétiens dans l’Al-Andalus - De la soumission à l’anéantissement - Passé-Présent n°228 https://youtu.be/bROEc6da8Dk La "légende noire" espagnole par Arnaud Imatz https://youtu.be/V4iMGM2WEQY L'héritage intellectuel d'al-Andalus par Dominique Urvoy 165 vues •8 nov. 2019 https://youtu.be/Bw-ItuW4VFc Le sort des Chrétiens d'al-Andalus par Rafael Sánchez Saus 226 vues •8 nov. 2019 130PARTAGERENREGISTRER https://youtu.be/J9xupxKpCSA La construction du mythe d'al-Andalus, par Serafin Fanjul 415 vues •8 nov. 2019 260PARTAGERENREGISTRER https://youtu.be/OBrhmcSyLGo La vision d'al-Andalus chez les historiens anglo-saxons, par Dario Fernandez-Morera 312 vues •11 nov. 2019 140PARTAGERENREGISTRER https://youtu.be/neiI2_iLT54 Le statut de "dhimmi", selon les textes islamiques par Marie-Thérèse Urvoy 444 vues •19 nov. 2019 261PARTAGERENREGISTRER

Livre : Correspondance entre le Père Jomier et le Père Borrmans






Confidences islamo-chrétiennes : lettres à Maurice Borrmans : 1967-2008

Jacques Jomier
Maurice Borrmans, Jean-Marc Aveline

Chemins de dialogue , (novembre 2016)

Résumé :
Un dialogue interreligieux à travers la correspondance entre le père Borrmans et le père Jomier entamée il y a plus de 40 ans. Ce dernier se pose comme spectateur de l'évolution des rapports entre chrétiens et musulmans d'Egypte, pays dans lequel il vit, et transpose son regard sur la réalité de la situation en France. ©Electre 2019






Comment vivre la relation entre chrétiens et musulmans ?
Conférence enregistrée au Centre Cormier à Marseille le 9 mars 2017 par KTO
Comment vivre la relation entre Chrétiens et Musulmans ? A l’école du père Jomier, dominicain et islamologue.
Conférence animée par Etienne Loraillère avec :
·         Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille ;
·         Père Maurice Borrmans, islamologue :
·         Père Jean-Marie Mérigoux, dominicain de Mossoul et de Marseille.
Conférence organisée à l’occasion de la publication de la correspondance du père Jacques Jomier avec le père Maurice Borrmans (édition Chemin de dioalogue).
Dernière mise à jour : Mardi 18 avril 2017

KTO

Conférence enregistrée au Centre Cormier à Marseille le 9 mars 2017. Egypte-Irak-France : comment vivre la relation entre Chrétiens et Musulmans ? A l'école du père Jomier, dominicain et islamologue. Conférence animée par Etienne Loraillère avec : Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille ; Père Maurice Borrmans, islamologue : Père Jean-Marie Mérigoux, dominicain de Mossoul et de Marseille. Conférence organisée à l'occasion de la publication de la correspondance du père Jacques Jomier avec le père Maurice Borrmans (édition Chemin de dioalogue). Hors-Série du 28/03/2017.







Anne-Marie Delcambre, Jacques Berque : " Que dit le coran " ?

1991

Pr Sami Aldeeb : biographie et traduction du coran



Experience de Sami Aldeeb avec le Coran



سامي عوض ألذيب أبو ساحلية

Pr Sami Aldeeb : un enfant sauvé de la circoncision

Avertissement sur le sujet de l'islam



Tant que durera la confusion entre jugements sur l' islam en tant que doctrine et l' Islam comme métonymie désignant l'ensemble des personnes musulmanes , les débats sur "l'islam" demeureront aussi dangereux que stériles.

Un jugement sur l'islam c'est à dire les textes de l'islam, la doctrine qu'ils contiennent, est une Réflexion.

Un jugement sur un ensemble d'êtres humains étant impossible, compte tenu de la nature d'êtres libres, conscients, individuels, et vivants des personnes humaines, est une Aberration.

L'amalgame entre le jugement sur l'un et le jugement sur les autres est évidemment dangereux. Certains le font par confusion intellectuelle et d'autres par tactique rhétorique.
Il faut rappeler la fausseté de la confusion entre les deux sortes de jugement, à chaque fois qu'il y a débat au sujet de l'"islam".


elisseievna

novembre 2019

Le code pénal de la Ligue arabe

Sami Aldeeb

Traduction française du code pénal arabe unifié: https://www.amazon.fr/dp/1535388749 Texte arabe du code pénal arabe unifié http://www.carjj.org/node/237 http://goo.gl/kl7J5W سامي ومعتقداته Sami Aldeeb et ses croyances https://www.youtube.com/playlist?list... كتبي mes livres https://www.sami-aldeeb.com/livres-bo... يمكنكم دعمي vous pouvez me soutenir https://www.paypal.me/aldeeb https://www.patreon.com/samialdeeb



Le Coran parole récitée, écrite et interprétée

Colloque au Collège de France

Regarder les vidéos ici :

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2018-2019.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-09h00.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-09h15.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-09h45.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-10h15.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-11h15.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-11h45.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-14h15.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-14h45.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-15h15.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-15h45.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-16h30.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-17h00.htm

https://www.college-de-france.fr/site/francois-deroche/symposium-2019-06-07-17h30.htm





Selon une présentation très répandue dans la tradition musulmane, le Coran, inscrit sur la « Tablette préservée » (al-lawḥ al-maḥfūẓ), serait intégralement « descendu » au ciel, dans un endroit appelé bayt al-ʿizza, avant d’être révélé à Muḥammad de manière fragmentée durant une vingtaine d’années. La tradition musulmane reconnaît de fait trois types de Coran : le Coran de la Tablette, le Coran « céleste » et le Coran « terrestre », qui seraient identiques et fruit d'une révélation divine. Le Coran se définit en premier lieu comme parole révélée (waḥyi/tanzīl) et récitée (iqra’/qara’nāhu), mais le texte coranique est très tôt mis par écrit et diffusé sous cette forme dans l'empire musulman naissant. Comment Muḥammad et les premiers fidèles concevaient-ils le Coran et la révélation ?
La conception qu’en avaient les premiers musulmans semble en effet différer de celle des générations postérieures en raison des enjeux politiques et théologiques auxquels ces dernières furent confrontées. Définir la nature du Coran soulève le problème de la révélation sur un plan théologique, mais aussi celui du corpus coranique et ses qirā’āt : le Coran forme-t-il avec les variantes de lecture une seule et même nature ou bien s’agit-il de deux natures bien distinctes ? Des savants aussi différents qu'Aḥmad b. Ḥanbal (m. 241/855), al-Bāqillānī (m. 403/1012) ou al-Zamaẖšarī (m. 538/1143) sont unanimes pour défendre le caractère révélé et immuable du Coran en dépit de leurs divergences sur son statut ontologique. Peut-on envisager qu’un texte soit à la fois révélé et multiforme ? Quel rôle a joué l’uniformisation graphique du texte au cours des premiers siècles ? Pourquoi l’histoire du corpus coranique et des qirā’āt est-elle absente du débat théologique ? Que nous apprennent à ce propos les manuscrits coraniques les plus anciens, ou encore du passage à l’écrit ? Quelle a été la position des savants musulmans vis-à-vis de la transmission selon le sens (bi-l-maʿnā) ? Le Coran est un texte sujet à interprétation. Les oeuvres exégétiques sont à la fois très nombreuses et hétérogènes, tant dans le sunnisme que dans le chiisme. Comment les exégètes ont- ils fait face au caractère multiforme du texte ? Comment ont-ils intégré l’histoire du texte à leur discours ? Quelle a été l’influence des variantes de lecture et plus généralement de la variation sur leurs oeuvres ?


Programme 09H00 Ouverture du colloque Présidence François Déroche 
09H15 La relation entre la transmission écrite et la tradition orale du texte coranique Michael Marx, Corpus Coranicum, Berlin Brandenburg Academy of Sciences and Humanities 
09h45 Traces of Nabataean Arabic orthography and script in early Qur’anic manuscripts Marijn van Putten, Leyden University 
10H15 Les pratiques scribales du Coran dans les premiers siècles de l’Islam : de l’exemplar à la copie Éléonore Cellard, Collège de France 
10H45 Pause café Présidence Dominique URVOY 
11H15 La transmission du Coran d’après le sens (bi-l-maʿnā) chez les premiers musulmans Hassan Chahdi, Collège de France 
11H45 Clausules et flexibilité dans le texte coranique François Déroche, Collège de France 
12H15 Pause déjeuner Présidence Pierre LORY 
14H15 Ibn Ḥazm face à la critique du texte coranique Dominique Urvoy, Université de Toulouse II Le Mirail 
14H45 Nouvelles réflexions sur quelques aspects problématiques du Coran Mohammad Ali Amir- Moezzi, EPHE 
15H15 Après « le Coran parole récitée, écrite et interprétée », le Coran, parole vécue et ressentie Marie-Thérèse Urvoy, Institut Catholique de Toulouse 
 15h45 Le concept de révélation: l'éclairage des Faḍā'il al-Qur'an des premiers siècles de l’hégire Anne-Sylvie Boisliveau, Université de Strasbourg, 
16H15 Pause Présidence Mohammad Ali AMIR-MOEZZI 
16H30 Le Coran des premiers ascètes Pierre Lory, 
EPHE 17H00 Écrire le Coran en lettres anglaises. Muhammad Rashid Rida et la traduisibilité du Coran en langues étrangères. Rainer Brunner, CNRS 17H30 On the Regionality of Qur’anic Codices: A philological and phylogenetic study. Hythem Sidki, University of Chicago 
18H00 Fin de colloque 

Le Mufti européen ...

Le Professeur Aldeeb en mode humoristique ...
et réponses à ses auditeurs

1


2


3

"Abd El-Kader et la Franc-maçonnerie" suivi de " Soufisme et Franc-maçonnerie " livre de Bruno Etienne





ABD EL-KADER ET LA FRANC-MAҪONNERIE
suivi de SOUFISME ET FRANC- MAҪONNERIE
Bruno ÉTIENNE
Dervy, avril 2008, 156 pages, 16 €


« Cet homme de génie que l’histoire doit placer à côté de Jugurtha est pâle et ressemble assez au portrait qu’on a souvent donné de Jésus-Christ. »
Description d’Abd el-Kader par Thomas-Robert Bugeaud  (1) suite à leur rencontre en 1837



D’ordinaire, Algériens et Français s’opposent sur la plupart des sujets. En revanche, ils partagent une admiration unanime et plus que méritée pour Abd el-Kader ( ̔Abd al-Qâdir ibn Muḥyiddîn 1808-1883 عبد القادر ابن محي الدين). Le courage, la magnanimité, la grandeur du personnage sont célébrés à l’unisson sur les deux rives de la Méditerranée. Tous louent son sens politique, ses faits d’armes, sa fidélité indéfectible au serment. Éminemment respecté par les officiers français qui le combattirent, l’Émir est vénéré, à juste titre, comme la figure titulaire de l’Algérie indépendante. Vis-à-vis de la France, il sut conjuguer la sincérité des paroles et des actes tout en manifestant une indépendance de jugement opposée à toute compromission. De l’Orient à l’Occident, il symbolise bien davantage qu’un cliché du nationalisme étriqué dans lequel l’historiographie algérienne a cherché à le circonscrire depuis 1962. Cependant, guerrier par hasard et homme d’État par accident, Abd el-Kader – qui refusa de porter le titre de Sultan pour lui préférer la dignité plus modeste d’Émir – fut essentiellement un philosophe et un mystique.

La véritable dimension de l’homme fut d’abord spirituelle. Ce fut son plus grand mérite. Et seul un arabisant très instruit, dans les arcanes de sociétés ésotériques, pouvait aborder le parcours maçonnique de l’Algérien. C’est précisément ici que réside tout l’intérêt du petit livre du regretté Bruno ÉTIENNE (1937-2009). Mais rappelons qui était ce dernier.

Fils de militaire et élevé dans la tradition protestante, ÉTIENNE a passé son enfance dans le Midi de la France. Il étudie le droit et les sciences politiques à Aix-en-Provence, apprend l’arabe à Tunis. Il se familiarise avec l’islam en Afrique du Nord avant d’intégrer, un temps, le CNRS comme chercheur. Devenu docteur d’État en droit après la soutenance d’une thèse sur « Les Européens et l’Indépendance de l’Algérie », une brillante carrière universitaire s’ouvre à lui. Il est successivement coopérant technique à Alger puis maître de conférences à Casablanca après avoir réussi, dans l’intervalle, le concours de l’agrégation en sciences politiques. Sa double compétence en sciences sociales et dans la connaissance des milieux musulmans contemporains l’amène, rapidement, à se spécialiser dans l’étude des phénomènes religieux sous leurs aspects anthropologiques et sociologiques. Professeur associé dans de nombreuses académies étrangères (notamment en Égypte, aux États-Unis, au Japon et en Turquie), ÉTIENNE qui est, selon ses propres dires, « d’un relativisme culturel absolu », devient une référence incontournable pour l’étude de l’islam sur les deux rives de la Méditerranée.

Décédé d’un cancer à l’âge de 71 ans, l’universitaire a laissé le souvenir d’un esprit libre souvent provocateur, aux multiples centres d’intérêt. Sa biographie nous apprend, par exemple, qu’il était karatéka (4e dan) et co-auteur d’un livre sur le bouddhisme (2). On lui doit plus d’une vingtaine d’ouvrages concernant, majoritairement, l’islam d’aujourd’hui. Cependant deux d’entre eux (3) rejoignent, pour partie, celui que nous présentons ici. Ceci ne doit pas étonner ; car le sociologue orientaliste, initié aux arts martiaux d’Extrême-Orient et intéressé par Siddartha, était aussi franc-maçon. Familier de l’institution dès son enfance grâce à un oncle, il fut initié très jeune (4)  dans une loge affiliée au Grand Orient de France. Maçon diligent tout au long de sa vie, Bruno ÉTIENNE était prédestiné à s’intéresser à l’itinéraire initiatique de l’illustre Maghrébin.

Abd el-Kader a-t-il été franc-maçon ? Le sujet sent le soufre. Il est vivement conseillé de ne pas l’aborder outre-Méditerranée. L’anthropologue Joseph DAGUER (5) rappelait, il n’y a pas si longtemps que : « D’une manière générale, dans le monde musulman, hier comme aujourd’hui, la franc-maçonnerie n’a jamais eu bonne presse. En 1843, elle est considérée en Iran, comme “la quintessence du scepticisme, de l’infidélité et de l’athéisme” et comme une association dont les membres s’adonnent à la magie et à l’alchimie ; au XXIe siècle ses membres sont traités de dévots du diable et elle est accusée de complot judéo-maçonnique. » Fichtre ! Hélas, on continue souvent à croire dur comme fer au « complot judéo-maçonnique » en terre d’Allah. Il n’est pour s’en convaincre que de lire les textes délirants de nombreuses organisations extrémistes. La charte du Hamas (6)  (حماس) est particulièrement édifiante à ce propos. Cependant, il faut nuancer le tableau. Depuis le XIXe siècle le Croissant et le Compas ont appris à se connaître, voire à s’apprécier pour cheminer ensemble. De nos jours, partout où elle peut librement prospérer, la franc-maçonnerie compte des frères musulmans. Ils sont originaires d’Iran, de Turquie, du Liban, de Tunisie, d’Algérie, du Maroc. À tous cependant, la plus élémentaire discrétion s’impose.

Oui, Abd el-Kader était bien, selon l’expression consacrée, un « Fils de la Veuve ». ÉTIENNE en apporte la preuve la plus formelle avec seize fac-similés comprenant des correspondances maçonniques de l’Émir, des documents du Grand Orient de France relatifs à son initiation et la couverture d’un ouvrage maçonnique arabe (7)  (شهادات ماسونية Témoignages maçonniques) publié à Damas. Toutes ces pièces figurent en fin l’ouvrage.

Au-delà de l’appartenance – dorénavant incontestable – de l’Algérien à la Maçonnerie, l’auteur expose les raisons qui ont poussé des membres de celle-ci à l’y accueilli. Il nous explique pourquoi ce dernier répondit favorablement à l’appel. Et ÉTIENNE de resituer cette rencontre insolite dans le contexte tourmenté des relations entre une Europe, en pleine expansion coloniale, et un monde musulman acculé mais où l’impuissance, notamment militaire, n’empêche nullement des explosions populaires récurrentes contre des minorités.

Après sa capitulation en 1847, l’Émir a été emprisonné 5 ans en France contre la promesse qui lui avait été faite. Lorsqu’en 1852 le prince-président, Louis-Napoléon Bonaparte, lui rend sa liberté, il choisit de se fixer dans l’Empire ottoman. Tout retour dans sa patrie lui demeure interdit. Abd el-Kader emménage d’abord à Brousse d’où il est chassé par un séisme. Enfin en 1855, il s’installe à Damas après être passé à Istanbul. Ce choix n’est pas anodin. Puisque c’est au pied du Mont Qassioun (جبل قاسيون), sis dans l’ancienne capitale des Omeyyades, qu’est enterré Ibn Arabi (Muḥyiddîn bin  ̔Arabî 1165-1240 بن عربي محي الدين). Surnommé le « plus grand maître » (الشيخ الأكبر ach-chaykh al-akbar) par ses disciples, cet immense penseur andalou est le véritable mentor spirituel de l’Algérien.

Né à Murcie qu’il quitte à trente-cinq ans, Ibn Arabi, père d’une œuvre colossale – comptant plus de 800 ouvrages –, a beaucoup voyagé dans tout le Proche-Orient avant de s’établir définitivement à Damas. Cet homme multiple figure incontestablement parmi les plus éminents penseurs de l’islam. Il a, grâce à une exégèse très personnelle du Coran et des hadiths, tenté de renouveler la relation entre Dieu et sa créature. Dans une approche ésotérique du monde, que n’auraient pas reniée des gnostiques, il introduit l’idée du désir et de l’amour. Son ouverture d’esprit en faveur d’un universalisme tolérant, son rapport bienveillant à l’altérité en font la cible des religieux traditionnels. Les partisans acharnés d’une stricte interprétation littérale du Coran, ne cesseront, jusqu’à nos jours, de le combattre comme un hérétique.

Universalisme, tolérance et relation d’amour avec Dieu voilà l’éclairage commun que partagent les deux « Muḥyiddîn » l’Ibérique et le Maghrébin. Le second – rappelons-le –, brillant stratège et grand politique, ne prit les armes que par nécessité fortuite. Son intérêt était ailleurs, son combat avant tout spirituel.

L’année 1860 est terrible pour les minorités du Levant. Dès mars, dans la région du mont Liban, des émeutes éclatent entre Druzes et maronites. Elles interviennent dans un contexte latent de tension religieuse récemment aggravée par des rivalités économiques. Ajoutons que le manque d’habileté – à moins qu’il ne s’agisse d’un jeu trouble – du pouvoir ottoman dans la gestion, toujours délicate, des différentes confessions exaspère les violences. Celles-ci gagnent Damas où des massacres de grande ampleur contre les chrétiens ont lieu du 9 au 18 juillet. À la différence des autorités locales, Abd el-Kader intervient, parfois physiquement, pour stopper les tueries. Il parcourt la ville, s’oppose aux fanatiques déchaînés. À tous ceux rencontrés sur son chemin, qui tentent d’échapper au bain de sang, l’Algérien offre généreusement l’hospitalité de sa maison. Enfin, il intervient fermement auprès de la Porte pour rétablir la paix. Il a agi par grandeur d’âme, mais également au nom d’une vision de la religion partagée avec son magister magnus andalou. L’action de l’Émir n’est pas passée inaperçue. Il y gagne encore en célébrité internationale et davantage en admiration, notamment chez les francs-maçons du Vieux Continent…

Pourtant, en cette seconde partie du XIXe siècle, nous explique Bruno ÉTIENNE, le Grand Orient de France (G.O.D.F.) n’est pas précisément favorable à l’islam (8)  qu’il a tendance à considérer comme une religion au conservatisme étroit, peu susceptible d’accueillir les lumières du progrès. Toutefois l’attitude, admirablement fraternelle et courageuse, de l’Algérien à l’égard des dhimmis (9), lors des massacres de Damas, souligne son sens de l’humanité. Cette action fait de lui un « maçon sans tablier ». Puisque l’homme présente toutes les qualités morales requises, pourquoi ne pas lui proposer de « recevoir la lumière » ? L’intention est louable, mais elle s’accorde aussi avec un dessein que d’aucuns jugeraient plus ambigu de nos jours. En effet, en invitant le célèbre Maghrébin à rejoindre les colonnes du temple maçonnique le G.O.D.F. souhaite se l’attacher afin d’en faire un ambassadeur de l’Occident dans la « maison de l’islam », jugée délabrée et abritant des peuples très arriérés qu’il convient d’éduquer. Avec plus de vingt ans d’avance, les dignitaires maçonniques défendent la « mission civilisatrice de la France » qu’exposera, le 28 juillet 1885, leur frère Jules Ferry (10)  lors de son célèbre discours sur « les fondements de la politique coloniale » à l’Assemblée nationale.

C’est donc à la suite des événements de Damas que la loge parisienne « Henri IV » prend l’initiative de contacter Abd el-Kader. Ce dernier, qui a eu le temps de s’informer auprès de maçons levantins, répond favorablement et entame un échange de correspondances aboutissant à son initiation le 18 juin 1864, à Alexandrie, dans la loge « les Pyramides d’Égypte  » (11). L’Algérien, familier depuis sa prime jeunesse du mysticisme d’Ibn Arabi, considère avec intérêt une organisation visant à rapprocher tous les hommes autour d’un idéal mêlant étroitement fraternité, symbolisme et déisme. À cette aune, il est tentant d’assimiler la franc-maçonnerie à une sorte de confrérie soufie. Dans cette perspective rien n’interdit à un musulman frotté d’ésotérisme de rejoindre d’autres monothéistes également attirés par une spiritualité exigeante et savante. Ce fut le choix de l’Émir.

Certes, comparaison n’est pas raison mais force est d’admettre que la maçonnerie occidentale se référant au Dieu unique, organisée autour d’une société recrutant par cooptation et proposant une interprétation du monde à partir de l’architecture, présente des affinités avec le soufisme. C’est ce qu’explicite l’auteur dans la seconde partie du livre opportunément nommée Soufisme et franc-maçonnerie. Le lecteur, surtout s’il est franc-maçon, ne manquera pas d’être vivement intéressé par tout un ensemble de pratiques – rites initiatiques, instruction par degrés, culture de la discrétion entre autres – qui caractérisent certaines confréries musulmanes. Maçons et Soufis parcourent des voies parallèles qui donnent tantôt l’impression troublante de se confondre. Les uns comme les autres développent une interprétation symbolique des textes en distinguant l’aspect trivial (ظاهر zhâhir « évident, apparent » c’est-à-dire la « forme ») du sens secret (باطن bâtin « intérieur, caché » c’est-à-dire le « fond ») des choses. Ce sont tous ces aspects, généralement méconnus, qui sont développés par Bruno ÉTIENNE. Et celui-ci de faire œuvre utile en insistant sur la parenté spirituelle des ordres maçonnique et soufi, sans toutefois négliger ce qui les distingue. C’est croyons-nous, le privilège du chercheur travaillant avec objectivité et intelligence.

On s’est beaucoup interrogé sur le degré d’adhésion du mystique algérien dans la Franc-maçonnerie d’autant que celle-ci connut, à partir de 1877, une évolution laïque. Sans nullement interdire la référence au Grand Architect de l’Univers, la liberté de conscience fut laissée à chacun. Dès lors le Grand Orient de France se définit comme adogmatique et n’imposa plus la croyance en Dieu et en l’immortalité de l’âme. On peut légitimement penser qu’une telle évolution n’était pas du goût d’Abd el-Kader qui était particulièrement pieux. Cependant, si les preuves matérielles de l’engagement maçonnique de l’Algérien sont nombreuses, on ne trouve aucune trace de rupture officielle. Enfin, si le disciple d’Ibn Arabi ne fut pas très assidu aux travaux des loges il ne trouva rien à redire lorsque quatre de ses sept fils furent initiés.

Une poésie de Rudyard KIPLING  (12) (1865-1936) The Ballad of East and West publiée en décembre 1899 débute par ce vers célèbre : Oh, East is East and West is West, and never the twain shall meet que l’on peut traduire hâtivement par : Oh ! l’Orient est l’Orient, l’Occident est l’Occident et jamais les deux ne se rencontreront (13) . L’exégèse de ce texte subtil écrit en heptamètres est complexe, à l’image des relations tourmentées qu’entretiennent depuis presque un millénaire et demi le Croissant et l’Europe judéo-chrétienne. Contrairement à ce que laisse entendre la phrase, le dialogue et un respect mutuel entre ces deux univers hostiles sont possibles mais peu fréquents. Ce sont des rencontres rares, toujours promues par des êtres d’exception. C’est le cas de Kamal et du fils du colonel anglais dans cette ballade.

L’Émir Abd el-Kader symbolise à juste titre un échange fructueux entre l’Orient et l’Occident. Par son double cheminement spirituel, soufi et franc-maçon, il est véritablement un maître de lumière, un ambassadeur de l’universel. Le travail de Bruno ÉTIENNE le prouve à satiété.

Qui sait si l’écrivain britannique ne s’est pas inspiré du maçon algérien pour le personnage du guerrier afghan dont le nom Kamal (كمال) signifie « perfection » en arabe ? Car, cette recherche de perfection, qu’ils savent hors d’atteinte ici-bas mais indissociable de la Connaissance, n’est-ce pas une démarche commune aux maçons et aux soufis ?

Dixi
                                                    Winston Belmonte


Notes :

1 -   L’appartenance du Maréchal Bugeaud (1784-1849) à la Franc-Maçonnerie est, pour beaucoup, quasi-certaine. Ainsi, le site du Centre de Documentation Historique sur l’Algérie (http://www.cdha.fr/la-franc-maconnerie-en-algerie-utopie-inoperante) rapporte : « On peut lire dans un compte-rendu de la loge Bélisaire, en date du 4 juillet 1849 : “il est tiré une batterie de deuil pour le frère Bugeaud, ex-gouverneur général, membre honoraire de la Loge d'Oran” ». Précisons que la loge Bélisaire fut fondée en 1833 à Alger. Elle fut le deuxième atelier maçonnique créé en Afrique du Nord française.
D’autres, cependant, sont moins affirmatifs. Par exemple, le spécialiste Xavier YACONO dans Un siècle de Franc-Maçonnerie Algérienne (1785-1884) admet seulement que le duc d’Isly a pu être initié dans les années 1836-37.

2 -   Être bouddhiste en France aujourd'hui (avec Raphaël LIOGIER), Hachette, mars 1997.

3-   Pour retrouver la parole : Le retour des frères (avec Alain BAUER, Roger DACHEZ et Michel MAFFESOLI,), Table ronde, août 2006 et La Spiritualité Maçonnique pour redonner du sens à la vie, Dervy, octobre 2006.

4 -   Bruno ÉTIENNE venait juste d’avoir 22 ans lorsqu’il devint apprenti maçon, en janvier 1960, à Marseille.

5 -   L’Équerre et le Croissant (p. 9), dans Les Cahiers de l’Orient, N°69, Premier trimestre 2003.

6 -   Cf. article 17 (texte du 18 août 1988).

7 -   Il est très intéressant de constater qu’outre le nom de l’Émir algérien, cette couverture mentionne également ceux de Jamâl ad-Dîn al-Afghânî (جمال الدين الأفغاني la Renaissance) et Muhammad Abduh (محمد عبده la Renaissance), deux des plus grands intellectuels arabes qui participèrent au mouvement de renaissance des lettres et de la société arabes (النهضة An-Nahdah, la Renaissance).

8 -  Précisions néanmoins que des loges maçonniques prospèrent déjà en Orient et comptent des frères musulmans, notamment dans l’Empire ottoman et dans les Indes britanniques.

9 -   Également dénommés « gens du livre » (أهل الكتاب ahl al-kitâb), ce sont les chrétiens et juifs autorisés à vivre en pays musulman mais dans le cadre d’un régime légal contraignant et, le plus souvent, avilissant.

10  Jules Ferry (1832-1893) fut initié en grande pompe, avec Émile Littré (1801-1881), dans la loge « la Clémente Amitié » en 1875.

11 -  La cérémonie fut faite pour le compte de la loge « Henri IV ».

12 -   L’écrivain anglais fut initié à Lahore, en 1886, dans la loge « Hope and Perseverance ». Comme Jules Ferry, ce fut un ardent défenseur du colonialisme. Cependant, pour bien comprendre la position de ces deux hommes sur cette question il faut la contextualiser dans les débats de l’époque.

13 -  Comprenons : « ne pourront s’entendre et vivre pacifiquement l’un avec l’autre ».